Les experts du vin se sentent-ils menacés par les avis de consommateurs? des amateurs? des bloggers?

Deux articles récents ont particulièrement retenu mon attention:
– « Achat de vin en ligne La révolution est en marche » de Bernard Burtschy publié le 6/09/2010 sur le site du Figaro,
– « L’avenir de la critique de vin, c’est la rencontre entre l’expert et le consommateur » de Thierry Desseauve publié le 1/09/2010 sur le site Vitisphère.

Les deux articles reconnaissent l’évolution des initiatives liées au vin sur Internet mais encouragent (trop?) à se méfier de certains pièges.

Utilisation d’un pseudonyme dans le but de tromper

Bernard Burtschy: « Avec la montée du Web 2.0, l’interactivité et la mise en réseau font leur entrée en scène. L’amateur de vin non seulement achète, mais il donne doctement son avis. Certains producteurs ont vite compris qu’il était possible de manipuler fort aisément l’information en se présentant avec un faux nez aux côtés d’acheteurs de bonne foi. Cette manie est d’autant plus fréquente en France que la plupart s’abritent derrière un pseudonyme, plutôt que de donner leur nom. Dans beaucoup de forums, il est impossible de distinguer l’amateur pur et dur, souvent compétent d’ailleurs, du professionnel déguisé en faux amateur. Et ils sont beaucoup plus nombreux qu’on ne le croit. »

Il est vrai que le recours au pseudonyme était l’habitude lors du lancement des forums il y a quelques années déjà. Pour n’en citer que 2, je pense que La Passion du Vin existe depuis 2002 , et Dégustateurs depuis 2001. Mais Thierry Debaisieux, Patrick Essa, Thierry Meyer,… je ne crois pas que ce soient des pseudonymes. Depuis, les tendances ont évolué et il est devenu habituel de reveler sa véritable identité (merci Facebook). Et sur les nouveaux sites avec avis d’utilisateurs tels que Vinogusto, la tendance est à la transparence. Marc Roisin, je vous assure que c’est bien moi 😉 Et Philippe Estrade, c’est bien lui.

Modération et censure

Bernard Burtschy: «  Tous les sites ont un inconvénient majeur : contrairement à ce que permet la visite chez le producteur, il est impossible de déguster le moindre flacon. Si le vin est inconnu ou s’il s’agit d’un nouveau millésime, il faut se ranger à l’avis de quelqu’un qui l’a dégusté. Evidemment, tous les sites internet prodiguent force conseils, mais leur avis est forcément suspect puisqu’ils sont à la fois juge et partie. Et, s’ils signalent un autre avis, ils ne mentionneront que les avis favorables. »

Les sites ne permettent pas de déguster (encore que, avec le usbwine) mais les livres le permettent-ils? Je pense que des sites comme Vinogusto.com ou Adegga.com sont basés sur les avis des consommateurs et ne vendent pas de vin. Pas trop de risque d’être juge et partie, si? Et question censure, du côté de Vinogusto, nous publions les avis négatifs comme positifs, ce qui crédibilise les avis positifs.

Sans guide, les consommateurs donnent des avis illisibles

Thierry Desseauve: « Enfin, il y a une chose que l’on constate dans tous les systèmes reposant sur les seuls avis du consommateur : si ces avis ne sont pas guidés, ils deviennent vite illisibles. Regardez tripadvisor, pour sortir du vin : vous cherchez un hôtel, vous lisez trente avis et aucun ne va dans le même sens, parce que tous ces consommateurs sont allés à l’hôtel avec des attentes différentes et ont perçu différemment la façon dont l’hôtel y a répondu. On retrouve cela sur des sites comme cellartracker.com d’Eric LeVine : sur un vin donné, on a pléthore d’avis et des commerciaux qui sont là en sous-marin pour vanter les mérites de leur employeur. »

Les attentes, les goûts, les couleurs et les niveaux d’expertises peuvent évidemment générer des avis différents, voire pas tous cohérents. Mais je n’ai pas encore trouvé les 50 consommateurs qui diront tous en coeur qu’un film magnifique est un navet, qu’un vin somptueux est mauvais, qu’un hotel agréable est catastrophique. Selon moi, les consommateurs n’ont pas besoin d’un guide, mais ils seraient heureux de trouver les avis des experts disponibles au même endroits que les avis d’autres consommateurs.  Concernant www.cellartracker.com, j’ai un peu de peine à croire que la masse des avis viennent d’hommes à la solde des producteurs. Ils passeraient tout leur temps à tromper d’autres lecteurs qui ne seraient eux-mêmes que des commerciaux? Quelle perte de temps. Eric, si tu nous lis, ton avis nous intéresse 😉

En conclusion, je pense:

– que les mises en garde systématique envers les avis de consommateurs, le travail des bloggers, les avis des amateurs,… donnent la triste impression que les experts du vin identifient une menace plutot qu’une opportunité d’informer le consommateur le mieux possible,

– qu’il faut faire la différence entre un site de vente en ligne et un guide basé sur les avis des consommateurs,

– que  le service parfait pour le consommateur doit rassembler les avis d’experts et des consommateurs,

– que les recommendations en matière de choix de vin sont nécessaires sur le terrain, pensez donc téléphones mobiles et pas livres + codes d’accès + DVD +… + site web, c’est impossible à enmener au restaurant 😉

– qu’il ne faut plus penser « Internet » mais bien « Internet mobile », une première version de Vinogusto optimisée pour iPhone est disponible